Outils personnels

Aller au contenu. | Aller à la navigation

Navigation

Navigation
Menu de navigation

Gérard LEMAIRE

            Dans le souci de préserver la mémoire de notre village, le Centre de Documentation Communal publie ici un recueil d’anecdotes villageoises que nos aînés ont vécues et qu’ils ont relatées lors d’interviews. Merci à Martine Hazard qui a accepté de les rencontrer.

Nous avons décidé d’appeler cette rubrique : « Chroniques du terroir ».

Cette lecture peut vous sembler décousue mais ces récits se veulent un ensemble de souvenirs qui ont ponctué la jeunesse et le parcours de nos invités. Ces souvenirs, encore vivaces dans leur esprit, se distillent sans ligne de conduite prédestinée, ils viennent simplement au cours de la conversation.

Nous commençons par les souvenirs de Gérard Lemaire.

Rappelons que Gérard Lemaire a été bourgmestre de Braine-le-Château et médecin généraliste pendant de nombreuses années. Il raconte des anecdotes relatives à ses deux fonctions mais, également, ce dont il se souvient quand il était enfant et ce qu’il a partagé avec ses parents et ses grands-parents : des moments privilégiés qui restent gravés dans sa mémoire.

Entre 1945 et 1955, tous les samedis matin, avec son grand-père, il allait chercher le beurre et le lait à la ferme Boekendael, chemin de Boekendael.

Il faut savoir qu’à ce moment le petit Gérard habitait avec ses parents rue Gabrielle Petit, à Tubize, et c’était donc un fameux chemin à pied pour arriver à la ferme, à Braine-le-Château. Il passait par la rue de Hal et le chemin de Boekendael pour l’aller. Au retour, il allait par la rue des Quarante Bonniers où il se désaltérait à la source du Bois Madame et ensuite il prenait la rue Saint-Véron pour retourner vers Tubize.

Il passait ses vacances à Braine-le-Château chez ses grands-parents et son arrière grand-père qu’on appelait : Tich de Hick (Tich pour petit) qui habitaient à la jonction de la rue Landuyt et de la rue des Escarbilles. C’est son arrière grand-père qui a mis le coq sur le clocher de l’église Saint-Remy. Il avait une petite entreprise de construction.

Avec son papa, Gérard prenait le train à Clabecq jusqu’à Wauthier-Braine et allait nager dans l’étang, actuellement l’étang de pêche sous le viaduc. C’est là qu’il a appris à nager. Il allait aussi pêcher des perches et des roches dans le Hain qui n’était donc pas pollué à l’époque !

Les parents de Gérard étaient originaires de Braine-le-Château où sa maman avait tenu une épicerie dans la rue Landuyt, son papa travaillait aux Forges. C’est en 1937 qu’ils ont décidé de déménager à Tubize.

Gérard entame ses études de médecine à Leuven. Son vœu le plus cher est de devenir médecin de campagne à Braine-le-Château. Il a été émerveillé par ce village, lui qui venait de la « ville » de Tubize.

Ses promenades avec son grand-père, ses vacances chez ses grands-parents lui avaient donné le goût de vivre dans ce village qu’il trouvait exceptionnel à tous points de vue : la beauté du paysage[1], sa ruralité et surtout cette sociologie industrielle induite par les différentes industries qui l’entourent : Clabecq, Fabelta. Les habitants sont principalement des ouvriers travaillant dans ces industries ou des artisans : des carreleurs, des paveurs, des maçons, etc…

Gérard était fasciné par cet environnement et pensait qu’il pouvait être utile dans ce village.

Un an avant la fin de ses études de médecine, il rencontre donc les médecins du village pour se présenter à eux : les Docteurs Beghin, Paul Tamigniau, Emile Borremans et André Vienne. Les contacts sont chaleureux et le Docteur Beghin, qui décide d’entamer une carrière de radiologue, lui propose de reprendre sa patientèle.

Diplôme en poche, le 20 juillet 1964, le Docteur Lemaire débute sa carrière par un remplacement d’une doctoresse à Ecaussinnes, pendant un mois, mois durant lequel il acquiert une expérience de terrain bien nécessaire avant de s’installer à Braine-le-Château le 15 août 1964. Il ouvre son cabinet dans le local de l’ancienne poste, rue Latérale, dont les propriétaires étaient Georgine et Maurice Chrispeels. Plus tard, Gérard fera construire sa maison rue Charles Herman où sa grand-mère avait acquis un terrain d’une dizaine d’ares.

Gérard débute donc sa carrière auprès de cette population villageoise généreuse et attachante.

Il sillonne les hameaux : le petit Bruxelles, les Monts, …

Le généraliste, à cette époque, se déplaçait volontiers pour rencontrer ses patients. Il rentrait fréquemment chez lui, pour le plus grand bonheur de son épouse, avec une belle salade, des tomates et autres légumes ou des fruits goûteux que les patients lui avaient offerts.

Pendant une période que Gérard situe entre 1964 et 1975, il est témoin d’une profonde solidarité entre les habitants du village et il était fréquent qu’un voisin fasse les courses ou aille chercher des médicaments pour un patient dont l’entourage proche ne pouvait se déplacer. Le facteur était aussi un maillon essentiel dans cet habitat rural : il connaissait tout le monde et pouvait signaler à un voisin quand l’un ou l’autre n’avait pas levé son volet et qu’il y avait peut-être un souci de santé au sein de cette famille. Personne n’était laissé à l’abandon ! Le garde champêtre était également un précieux relais car il connaissait son quartier et tous ses habitants. On se rappelle le rôle important en prévention de Freddy Noël, le mari d’Anita Bonotto.

Gérard se souvient d’une anecdote qui le fait maintenant sourire mais qui l’a quand même fait frémir à l’époque.

Il est appelé en urgence un soir de garde par une de ses patientes qui lui dit que son mari[2] fait un AVC[3]. Il laisse une salle d’attente comble en s’excusant auprès de ses patients mais il explique qu’il est de garde et doit donc se rendre au domicile de ce malade. Arrivé sur place, rue de la Clairière, il voit le mari avec un rictus sur le visage, un comprimé entre les dents, tel une posture. Gérard constate que ce n’est pas un AVC et remarque sur la main du patient un sparadrap. Il demande : « C’est quoi cela ? » L’épouse répond : « Il s’est blessé et il a fallu le recoudre à Nivelles ». Gérard décroche le téléphone et appelle l’hôpital de Nivelles. Bingo ! Il tombe sur le chirurgien qui a recousu le brave homme. Il lui demande : « Tu lui as fait un rappel de tétanos ? ». « Oui », répond le confrère. Mais le problème c’est que ce brave homme n’avait plus été vacciné[4] contre le tétanos depuis belle lurette et que le rappel n’avait pas agi assez rapidement. Ni une ni deux, une ambulance l’amène à Nivelles mais comme cet hôpital n’était pas équipé pour traiter cette maladie, le patient est véhiculé jusqu’à l’Hôpital Saint-Pierre de Bruxelles, où il sera placé en coma artificiel et traité au curare pour en sortir 3 mois plus tard, frais comme un gardon !

Passé à deux doigts de la mort, ce brave homme vouera à Gérard une reconnaissance éternelle.

Dans les années 70, Gérard est conquis par le principe des maisons médicales et les idées du GERM[5], surtout pilotées par des médecins plus à gauche que la mentalité médicale rencontrée à Braine-le-Château. Mais Gérard parvient toutefois à convaincre ses confrères, les Docteurs Pierre Tamigniau, André Vienne et Anthony Demolin, du bien-fondé de la création d’une entité pluridisciplinaire afin de garder le patient âgé et malade le plus longtemps possible dans son foyer. Cette entité ne sera jamais affiliée à la Fédération des maisons médicales.

Nous étions à une époque où le vieillissement de la population commençait à être pris en compte. Quand une personne faisait un AVC, il était envoyé directement à l’hôpital pour sa revalidation mais on constatait que le patient était vite désorienté dans ce contexte où il n’avait plus ses repères et sa récupération était souvent médiocre. Dans le cas où le patient pouvait rester auprès de ses proches, les résultats en termes de récupération étaient réellement plus probants. Avec ses confrères, Gérard a constaté qu’ils ne pouvaient pas agir seuls. Ils ont donc commencé à réunir les infirmières du village, de toutes obédiences, pour leur parler du projet. Mais elles ne sont pas les seules à être utiles dans cette approche du patient, il faut aussi compter sur l’intervention des assistantes sociales et des aides familiales. Les mutualités chrétienne et socialiste sont également sollicitées.

Les médecins ont alors loué, sur leurs deniers, une maison à Braine-le-Château. Une assistante sociale, payée par les médecins, gère les appels téléphoniques et les demandes d’aide des patients : le centre médical était né.

A cette époque, le rôle des aides familiales était axé sur l’aide à apporter aux familles ayant des enfants. Leur apport dans le concept d’aide aux personnes malades ou isolées prenait ainsi toute son importance.

Gérard pensait que le développement du bénévolat était crucial dans la mise en place de relais. Il mit sur pied une campagne pour solliciter des bénévoles par des envois toutes boîtes. Trois semaines plus tard, 30 à 40 personnes avaient répondu positivement. Elles s’engageaient à donner de leur temps pour un accompagnement de personnes âgées en cas de maladie ou en fin de vie. La carte du village fut divisée en 8 secteurs et 2 bénévoles sont appelables[6] par secteur, via le secrétariat de la maison médicale. Par la suite des formations seront données à ces bénévoles : formation à l’écoute, description des principales maladies, … Le bénévolat était né dans la commune !

Bientôt les coûts du centre médical deviennent lourds à supporter et les médecins font appel à des confrères spécialistes qui proposent une consultation une fois par semaine et rétrocèdent une partie de leurs honoraires pour subvenir à l’organisation financière du centre médical : c’est ainsi que les Brainois peuvent bénéficier de la consultation d’un endocrinologue, d’un néphrologue et d’autres spécialistes. Ceux-ci travaillent en étroite collaboration avec les médecins traitants. Chaque vendredi midi, médecins, kinés, infirmières, assistantes sociales se retrouvaient au centre pour faire le point sur les situations difficiles, les traitements et la prise en charge judicieuse des patients référés.

Nous sommes au début des années 70. Pierre Falize est bourgmestre de Braine-le-Château et aussi chef de cabinet d’Edmond Leburton, Ministre de la Santé.

En 1972-73, l’Ecole de Santé Publique de l’UCL délègue une chercheuse dans la maison médicale pour effectuer une étude, qui lui servira de mémoire, sur la comparaison entre les patients suivis par la maison médicale et les patients de Feluy (sans maison médicale). L’étude établit clairement que le taux d’hospitalisation a diminué de 21 % grâce à la maison médicale par rapport aux hospitalisations enregistrées à Feluy, ce qui entraîne de substantielles économies pour la sécurité sociale.

La coordination des différents acteurs de la santé de Braine-le-Château devient un modèle qui s’exporte dans toute la partie francophone du pays et reçoit un million de francs de l’époque pour sa gestion. Charles Picqué, alors Ministre de la santé pour la Communauté française, rédige un décret permettant l’agrément de centres de coordination des soins et services à domicile.

Gérard est donc fier de rappeler que c’est grâce à l’intervention des médecins traitants de l’époque que Braine-le-Château a été précurseur dans la volonté d’apporter une coordination dans les soins et services à domicile.

Le centre médical dans son concept de l’époque s’est terminé début des années 2000 pour faire place à une notion de soins privés prodigués par des médecins réunis en SPRL comme on le connaît actuellement.

Dans ses activités de Bourgmestre de la commune qui ont débuté en 1977, Gérard regrette d’avoir « loupé » l’aménagement du territoire par manque de connaissance de l’importance du plan de secteur. Le collège de l’époque n’était pas sensibilisé par l’aménagement du territoire et c’est la raison pour laquelle le conseil communal a voté un plan de secteur qui comprenait trop de zones d’habitat au détriment des zones vertes et agricoles.

Vers les années 2005, avec l’arrivée des premiers demandeurs d’asile, Gérard, alors Président du CPAS, et Fernand Lepoivre, bourgmestre, ont dû accepter un certain nombre de demandeurs d’asile, sous peine d’astreintes. Le CPAS recevait du gouvernement une certaine somme d’argent par demandeur d’asile et devait donc loger ces familles primo-arrivantes. Cela s’est fait difficilement au début mais l’intégration a été réussie par la suite car les familles étaient hébergées dans tout le village, sans créer de ghettos. Par la suite, la commune a pu construire des habitations pour ces demandeurs et ouvrir des possibilités d’accueil. Braine-le-Château participait ainsi dans un esprit de solidarité à l’accueil des demandeurs d’asile et ce sans aucun coût supplémentaire pour les Brainois.

 

[1] La petite Suisse, la rue Landuyt en face de la Ferme Lisart ; le sentier Sainte-Anne, la rue des escarbilles…

[2] Qui n’est pas son patient

[3] Accident vasculaire cérébral

[4] Un rappel doit être fait tous les 10 ans

[5] Groupe d’étude pour une réforme de la médecine

[6] Au téléphone fixe ; les GSM n’existaient pas !

Actions sur le document