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Guy de THIER

Le Centre communal de Documentation poursuit ici, dans la rubrique « Chroniques du terroir », la publication d’anecdotes vécues par nos ainés et recueillies par Martine Hazard. Nous continuons avec les souvenirs de Guy de Thier.

Né le 1er février 1925, pour des raisons familiales, j’ai été élevé chez mes grands-parents maternels :
Cyrile et Hélène Dujardin qui habitaient la première des deux maisons en recul à droite au bas de la rue Libert Lanis (après les nouvelles constructions).
La scierie appartenant à Monsieur Degendesh se trouvait en face de chez nous. Les troncs d’arbre y étaient amenés par Victor Minne, dit « Le flin », par un triqueballe tiré par deux solides chevaux.
Un triqueballe était un long chariot équipé d’un arceau et d’un levier mécanique qui soulevait les troncs. Il en amenait
trois à la fois. Ces arbres étaient entreposés dans la cour de la scierie et nous, les enfants du coin, nous avions grand plaisir à gravir ces grands tas et d’y courir en nous pourchassant. Le contremaître tentait de nous en chasser car c’était un jeu dangereux si un tronc perdait l’équilibre. Mais nous recommencions de plus belle.
La rue Lanis n’était pas pavée ; aussi par temps de pluie, était-elle couverte d’ornières boueuses.
Ma grand-mère allait ramasser des écorces abandonnées et en couvrait l’allée pour que mon grandpère ne se salisse pas trop les chaussures lors de son retour.
Il y avait aussi des tas de sciure dans lesquels nous jouions parfois. On y trouvait des larves de hanneton.
J’ai vu construire presque toutes les maisons de la rue.
Pour ce faire, l’entrepreneur Vanhouche y avait installé une briqueterie (l’argile étant extraite sur place).
Les ouvriers étaient des saisonniers flamands qui logeaient dans une cabane rudimentaire.
Un jour que nous nous y étions introduits, nous en sommes sortis avec des puces.
Les briques étaient façonnées deux à la fois dans un moule pressé à la force des bras. Elles étaient mises à sécher en laissant un vide entre-elles. Quand le tas avait 2 à 3 mètres de hauteur, on allumait le combustible mis sous elles au préalable. La cuisson durait de 2 à 3 jours. Comme le tas était à quelques pas de notre maison, nous étions très incommodés par les fumées. Mes grands-parents n’osaient pas s’en plaindre car le propriétaire était le maïeur du village.
La rue, en ces années, ne voyait pas de circulation d’automobiles.
Avec une charrette tirée par un cheval, la fermière de la ferme « Cours au bois » venait livrer le lait à domicile avec des cruches.
Une charrette de la firme « Le bon grain » nous fournissait en pain.
Il y avait aussi un marchand de légumes qui s’annonçait à l’aide d’une trompette.
Monsieur Pické nous livrait de la bière. Par temps de neige, il se servait d’un traîneau comme moyen de locomotion.
Parfois passaient un rémouleur ou un colporteur avec un gros ballot sur le dos et aussi une aveugle, accompagnée d’un âne, qui chantait dans la rue et vendait des textes de chansons.
Je n’avais que la rue à traverser pour accéder à la prairie qui s’étendait jusqu’au moulin (la rue Charles Herman n’existait pas). Nous y jouions, entre-autre, au cerf-volant.
Les talus du chemin de fer en haut de la rue étaient notre autre terrain de jeux.
Dans les ruisselets qui longeaient les rails, nous pêchions des têtards, des tritons et parfois des salamandres.
Ah, c’était un grand bonheur de pouvoir gambader librement dans ce décor champêtre !