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Jean et Jeanne PICKE

Le Centre communal de Documentation poursuit ici dans la rubrique « Chroniques du terroir » la publication d’anecdotes villageoises vécues par nos aînés et recueillies par Martine Hazard lors d’interviews. Nous continuons avec les souvenirs de Jean et Jeanne Pické.
 
Avec l’humour dont ils sont coutumiers, Jean et Jeanne Pické m’ont relaté divers événements qui ont animé le quartier du Faubourg Saint Antoine qui s’étend du Moulin Banal à la chapelle Sainte-Croix.
La chapelle située au coin de la rue Saint Roch et de la rue des Comtes de Robiano, attenante à la maison des Pické, a donné son nom au quartier. Comme son père, Jean y a été marchand de bières. Né en 1939, il n’a jamais connu d’autre quartier et chérit son coin de vie qui est témoin de moments de gloire et de grandes joies avec les fêtes organisées entre voisins.
Son père, François, originaire de Leeuw St Pierre a épousé une Brainoise, et décidé de s’installer dans notre village pour exercer le métier de marchand de bières.
C’est avec les voisins (souvent des hommes de métier) qu’il a construit son garage qui a vu le début de son commerce. En remerciement des services rendus, il a offert cet espace pour la tenue de la kermesse du faubourg.
François a commencé son métier avec une brouette, puis il a tiré une charrette avec un chien et ensuite c’est le cheval qui lui a servi pour transporter ses bouteilles de bière. Dans les années 50, Jean se souvient de la vieille camionnette FN qui a remplacé le cheval.
 
Dans le faubourg, l’amitié était sacrée et la kermesse rassemblait tous les voisins et amis. Un bourgmestre du quartier était désigné et le premier en date, dans les années 45, fut Maurice Bobo, un homme drôle qui adorait faire le clown pour animer la galerie. Il était de coutume d’élire chaque année un nouveau bourgmestre de la kermesse. Cette élection avait lieu dans un café où les élus potentiels portaient un numéro. Au premier vote, Maurice Bobo était disqualifié au profit d’un autre candidat. A ce moment, il disait : “Je suis bien content de ne pas être réélu”. Mais les votants s’étant rendu compte
d’une erreur de numéro, on a dû revoter. Au deuxième vote, à chaque élection, c’était systématiquement Maurice qui sortait gagnant. Il se disait alors fort content et oubliait systématiquement qu’il ne voulait plus être réélu. Cette comédie faisait rire tout le monde. Comme cette élection avait lieu dans un café, le bourgmestre était tenu de payer un verre à toute l’assemblée qui se moquait de lui car c’était la seule fois qu’il offrait un verre aux copains, tant il était radin !
C’était à chaque fois une grande fête. On montait un plancher pour le bal en plein air avec orchestre. Un jour, des campeuses bruxelloises, vêtues d’un petit short fort court pour l’époque, sont venues danser. Un bouquet de fleurs dans lequel des comiques avaient glissé des orties circula parmi les danseurs et « flagella » discrètement les jambes nues des demoiselles. On a bien ri de leur réflexion : “Mais il pique ce bouquet !”.
La kermesse commençait le vendredi par l’élection du bourgmestre et se terminait le lundi. Le samedi, le mayeur et ses “administrés” allaient s’abreuver dans tous les cafés de Braine-le-Château, fort nombreux à l’époque. Les convives se déplaçaient en camion. Ils revenaient le soir “morts saouls” dans la benne “vidée” aussitôt de son contenu en plein milieu du quartier du Faubourg Saint-Antoine.
Cette kermesse s’est perpétuée (entre mai et septembre) pendant une bonne dizaine d’années pour s’arrêter vers les années 55.
A l’époque, Il y avait des kermesses dans tous les quartiers du village : aux Godeaux (à l’ancienne cotonnerie), à l’Espérance (près du cimetière), à la Baraque (au niveau du Carrefour Mestdagh), derrière les Monts, dans le quartier des 40 Bonniers et à la gare.
 
De son père, Jean a hérité un côté “rassembleur” et l’esprit A’Scrienn qui signifie : soirée entre amis de
quartier.
Jean et Jeanne sont aussi les initiateurs de l’activité Pilorirando qui a encore tant de succès. Ils ont fait l’objet de nombreux articles sur leur voyage à Saint- Jacques de Compostelle qu’ils ont effectué avec leur chien, Kriek, pendant 4 mois et 10 jours en 2006. Ils sont à l’origine de la fête des voisins dans leur rue. Ils l’ont
organisée pendant 8 années consécutives Ce sont des personnes chaleureuses, toujours dans l’esprit d’accueil et de
partage. Malheureusement, cette fête ne s’est plus déroulée en 2016 car les nouveaux venus dans la rue ont déclaré forfait.
 
Plusieurs anecdotes reviennent en mémoire de Jean et Jeanne.
Je vais essayer de vous les conter, essayer car la verve de Jean est difficile à transmettre, tant elle est “colorée” par les paroles et les gestes :
 
Comme poisson d’avril, François (le père de Jean), disait à Hortense (la mère de Jean) : « Cours chez Madeleine, car elle te réclame. » Hortense accourait et Madeleine ne savait pas pourquoi. S’en suivait un dialogue de sourds qui faisait bien rire François qui criait : « Poisson d’avril !!! »
Un autre poisson : François entend ses voisins qui étaient censés nettoyer les bouteilles de bière les casser les unes après les autres. Il se dit : “ mais ils cassent toutes mes bouteilles, ces maladroits !”. En fait, les voisins faisaient exprès de casser des vieilles bouteilles inutilisées pour faire “bisquer” François et encore une fois : « poisson d’avril !!! »

Il fut un temps où le téléphone n’était installé que chez François. Il rendait service à tout le voisinage. Le 1er avril, François allait chercher chaque voisin soit- disant appelé au téléphone. Pour les dédommager, il leur servait une goutte : poisson d’avril !!!

Jean a perpétué cette ambiance bon enfant. Il a conservé le sens de la blague. Avec un montage
photo, il a mis le pilori au centre des quatre- bras et a déposé cette photo dans tous les commerces du village, un 1er avril, en disant que bientôt, il y aurait un nouveau rond-point à Braine-le-Château. Gérard Lemaire, alors bourgmestre, ne savait plus où donner de la tête avec tous les coups de fil qu’il a reçus à ce moment et les démentis qu’il a dû
formuler. Jean en a été quitte pour un « savon » de la part de Gérard, mort de rire pour cet ingénieux poisson d’avril.

 
Lors des soirées A’Scrienn chez François, un voisin, Henri, s’appropriait toujours du fauteuil d’Emile, le frère cadet de Jean. Agacé par cette attitude, ce dernier suggéra à Emile d’installer une aiguille dans le siège du fauteuil. Après des péripéties sur la dimension de l’aiguille et la difficulté à la passer au travers les plumes qui le rembourraient, elle réussit à piquer « Henri » qui bondit hors du fauteuil ; ce qui a bien fait rire toute la maisonnée. Le lendemain, le « piqué » de l’arrière-train s’est vanté d’avoir saigné tant et fort, ce que personne n’a cru, bien sûr.
 
Quand il était gamin, Jean (dit Noutch) se souvient qu’avec René (dit Pet), Gérard (dit Doyina) et Willy (dit Kin), ils allaient acheter des cigarettes à 5 francs et les fumaient, du haut de leurs 12 ans, le long de la rivière quand les vannes restaient ouvertes. Ils mangeaient ensuite de l’herbe pour qu’on ne sente pas qu’ils avaient fumé quand ils retrouvaient leurs parents mais c’était peine perdue, car l’atmosphère était toute bleue le long de la rivière …
 
Il me raconte aussi la blague de très mauvais goût que l’on a faite à Fernand, un simplet du coin. On lui a dit qu’une jeune fille à marier l’attendait en Martinique. Il a cru sincèrement à ce canular. Le voici donc parti en train jusqu’à Marseille où il a demandé à un taxi de le conduire en Martinique … Avertis par la police, les parents du garçon l’ont rapatrié en Belgique, mais cela leur a coûté une petite fortune.
 
Jean, au grand coeur, a aussi nettoyé la chapelle Notre Dame au Bois avec l’aide de deux de ses amis en avril 1982, Henri Deprez et de Ribaucourt. Ils buvaient du pecket pour se remettre de leurs efforts devant la phrase « Voyez ma disgrâce et misère » sur le mur de la chapelle !
 
J’espère que vous avez apprécié cette chronique savoureuse relative à la famille Pické.