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Philippe CULLUS

Le Centre communal de Documentation poursuit ici, dans la rubrique « Chroniques du

terroir », la publication d’anecdotes vécues par nos ainés et recueillies par Martine Hazard.

Nous continuons avec les souvenirs de Philippe Cullus.

 

Né en 1928 (à Woluwe-Saint-Lambert), instituteur, régent puis licencié en histoire, Philippe a toujours enseigné dans les écoles de la ville de Bruxelles, et un peu à l'U.L.B. Il a habité moins de dix ans à Braine-le-Château, mais y reste fort attaché, par la maison de ses parents. L'histoire médiévale et la généalogie occupent ses loisirs d’heureux retraité.
 
Philippe n’a que 13 ans quand il arrive fin décembre 1941 à Braine-le-Château, après avoir quitté Woluwe-Saint-Lambert, longé le canal jusqu’à Hal, traversé Essenbeek et le Vlasmarkt. La veille de ce déménagement, la météo était exceptionnellement clémente, mais le voyage coïncida avec le début de ce qui devait devenir le redoutable hiver de janvier 1942.
 
Il me parle de ce Braine-le-Château de l’époque où il a vécu jusqu’en 1950, date à laquelle il s’est marié et est reparti vivre à Bruxelles. Il a conservé la maison que ses parents ont fait construire en 1947, rue du Radoux. Il s’y rend le plus souvent possible avec ses enfants et ses petits-enfants pour de joyeuses réunions de famille. Son papa, Marcel, était organiste à Wauthier-Braine jusqu’à son décès en 1967. Sa maman vécut au Radoux jusqu’en 1977. Son frère Raoul habite toujours rue de l’Abbaye.
Malheureusement, en 1951, leur « petit »frère Marcel fut renversé par une voiture alors qu’il se rendait pour la première fois à vélo à son école de Braine-l’Alleud. Il mourut à l’hôpital de Hal.
 
Philippe habitait avec ses parents à Woluwe-St-Lambert. Comme son père avait perdu son emploi de comptable en raison de la cessation d’activité de la société qui l’employait (le patron juif avait dû fuir le pays au début de la guerre), il décida d’emmener sa famille à la campagne. Avec le produit de la vente de leur maison de Woluwe-St-Lambert, les parents ont acheté un terrain à la rue du Radoux (aujourd’hui des Radoux ) en vue d’y construire leur maison après la guerre. En attendant la construction de cette maison,
Philippe et sa famille occupent la maison du Docteur Croquet, au numéro 13 de la rue des Commerçants. Ils y resteront jusqu’à l’automne 1944 et y tiendront une papeterie dans laquelle ils vendaient aussi des partitions musicales, du tabac, des jouets. Ils y pratiquaient également le prêt de livres qui provenaient du Vieux Marché à Bruxelles.
 
Le jeune garçon de l’époque s’étonnait de voir les Castello Brainois se saluer entre eux et se parler en wallon tout en s’adressant en français aux « étrangers », dont il faisait partie de par ses origines.
 
Il n’y avait pas d’eau courante ni de tout à l’égout dans les hameaux isolés de Braine-le-Château. Dans sa maison de location, Philippe et sa famille bénéficiaient uniquement de l’eau courante ; le WC se trouvait à l’extérieur, dans le jardin avec sa fosse à purin. Tous les samedis, les habitants de la Rue de la Libération pouvaient apercevoir Philippe
transportant son tonneau de purin à destination de la rue du Radoux où son père avait aménagé un potager. Certains se souviennent encore de son passage et de son odeur …
 
Inscrit à l’Ecole Normale Charles Buls à Bruxelles, Philippe se rendait à vélo jusqu’à la gare de Hal pour y prendre le train. Le deuxième jour de la rentrée scolaire en janvier 1942, le train a eu du retard : il est rentré chez lui à plus de 22h …

Les transports s’effectuaient en train par l’ancienne ligne 115 qui reliait Nivelles à Tubize en passant par chez nous ou en bus de la firme Picavet, de Braine-l’Alleud à Hal.
Les rapports avec la ville de Hal étaient importants. Les habitants de Braine-le-Château se rendaient régulièrement au marché de cette ville et profitaient des soins de son hôpital. Les enfants étaient habillés à la Petite Fabrique de Hal.

A cette époque existait encore un « îlot » de maisons entre l’église et la rue des Commerçants. Philippe se rappelle que sur la place des Martyrs (la petite place séparée de la Grand-Place par cet îlot) était érigé un monument aux morts de la guerre 14-18. En 1975, il a été déplacé au coin de la rue de la Station et de la rue Marcel Plasman.

Philippe se rendait régulièrement sur la Grand-Place pour chercher du lait chez Marthe et Madeleine, les filles de la ferme Poissin (jadis ferme Duchesne), partiellement bombardée par les Allemands au début de la guerre. Plusieurs commerces étaient situés sur l'îlot et donc à proximité de la famille Cullus : la droguerie Van Dam, la cordonnerie Spinette, l’horlogerie Dewez, la boucherie Leveau (cela ne s’invente pas !) et un commerce de vélos.

Braine-le-Château ne comptait qu’une organisation de jeunesse : le patro, avec une section pour les garçons, et une autre pour les filles. Sa maman y inscrivit Philippe, volontiers bavard et discuteur. Philippe se souvient d’un camp du patro à Beffe (dans la vallée de l’Ourthe) durant l’été 1942. Les garçons s’y sont rendus à vélo, en deux étapes, avec gîte à Assesse. Du camp même, il se rappelle de deux grands moments : le pèlerinage à pied à l’ermitage de Saint-Thibaut, à Marcourt et la nouvelle apprise au retour du débarquement des troupes canadiennes à Dieppe, tentative qui se révèlera,
hélas, désastreuse.
 
Un souvenir encore vif dans la mémoire de Philippe est le moment de la Libération. Alors que Bruxelles est libérée le dimanche 3 septembre 1944 par des troupes anglaises qui foncent vers le Nord, des troupes allemandes, plus à l’Ouest, échappent à l’encerclement en fuyant vers l’Est. Passant par Saintes, Tubize, Clabecq, continuant vers Mont-Saint- Pont et au-delà, elles ont fait plusieurs victimes sur leur passage et ce n’est que le mardi 5 que Braine-le-Château vit arriver les premiers soldats alliés. La veille, revenant de la ferme Ghyselings (jadis ferme Deschamps) par l’actuelle rue de la Libération avec, sur une charrette à bras leur provision de pommes de terre, Marcel père et Philippe se trouvent nez à nez avec un char allemand couvert de soldats. L’un d’eux tire et blesse Marcel qui s’enfuit et va se faire soigner par le vieux docteur Rowart qui habitait rue Marcel Plasman. Ce n’est pas le dernier passage de chars allemands ce jour-là. Aussi Monsieur et Madame Letté ont-ils hébergé, rue du Mont Olivet, les petits Cullus pour la nuit.
Quelques semaines plus tard, Philippe et sa famille quittent la maison du Docteur Croquet et louent une maison au n° 3 de la Grand-Place, sur l'îlot disparu aujourd’hui. Ils y habiteront jusqu’à l’été 1947 pour emménager dans la maison familiale de la rue du Radoux.

Braine-le-Château comptait quatre écoles : deux écoles communales (une de filles et l’autre de garçons), une école catholique de filles tenue par des soeurs, l’école Notre-Dame, et l’école Saint-Remy pour les garçons située à l’emplacement actuel de l’Espace Beau-Bois, avec une salle de réunion pour le patronage.

Dès avant la fin de la guerre, Philippe, sous l’impulsion de Raymond Philippon, s’était mis à l’étude de l’esperanto. Raymond eut assez d’enthousiasme pour former un petit groupe de jeunes gens et de jeunes filles qui parlaient, et souvent chantaient cette langue internationale. Raymond vit toujours et habite rue Auguste Latour. D’autres noms lui sont alors associés : Berthe Dechief, la regrettée femme de Raymond, Suzanne Dossogne qui a épousé Yves De Wals et, plus tard, en secondes noces, le pharmacien Guy De Thier.
Comme beaucoup de Brainois, Philippe et sa famille ont fréquenté le cinéma « Le Progrès ». Il se souvient que la vie sociale de l’après-guerre était organisée autour du théâtre et de la musique. Deux troupes de théâtre se produisaient dans le village : à la Couronne et à la Maison du Peuple. Dans une soirée théâtrale, vous aviez d’abord un drame et ensuite une comédie : on pleurait et ensuite on riait ! Deux fanfares1 : la Fanfare Sainte-Cécile catholique et la Philharmonique Sainte-Cécile, socialiste, circulent dans le village au son d’airs populaires.
 
L’Eglise organisait la Mission tous les 25 ans. Une croix était plantée dans le village. Pendant une semaine, tous les soirs, les paroissiens bénéficiaient d’un sermon. Deux prêtres extérieurs étaient invités, notamment pour les confessions afin que les villageois soient certains de garder leur anonymat. L’un d’entre eux était un représentant sévère de l’ordre ecclésiastique, l’autre était un bon vivant qui mettait de l’ambiance. Il n’y avait pas d’eau courante dans la nouvelle maison de la rue du Radoux et, après l’école, on pouvait voir Philippe avec une palanche2, agrémentée de deux seaux, aller chercher de l’eau dans les sources voisines : au creux de la rue des Fonds et entre la rue de l’Abbaye et la rue Poulet. L’eau courante ne sera installée dans cette maison qu’en 19603.
 
La poste était située au coin de la rue Latérale et de la rue Libert Lanis. Dans cette
même rue Latérale, un dentiste venait une fois tous les 15 jours. Sa fraise fonctionnait à
la pédale…

Au Radoux, les parents Cullus avaient le téléphone, chose rare à l’époque et ils en faisaient bénéficier leurs voisins. Philippe se souvient que, vers 1960 encore, ses parents étaient toujours sollicités par leur entourage pour son utilisation. La dernière cabine téléphonique recensée sur Braine-le-Château se trouvait au coin de la rue de la Libération et de la rue de Nivelles.

Braine-le-Château restait un village agricole, mais aussi un village peuplé de quantité d’ouvriers travaillant dans les nombreuses usines textiles de la vallée du Hain (la Cotonnière, Fabelta à Tubize, les Tresses du Brabant et les tissages Allard-Minne à Braine-l’Alleud), ou métallurgiques (les Forges de Clabecq et les Ateliers Métallurgiques
de Tubize). Le village comptait bon nombre de maçons et de carreleurs. Quand il vivait à Braine-le-Château, Philippe ne pouvait se douter que textile et métallurgie disparaîtraient deux ou trois décennies plus tard.

 

1 Voir pour plus d’explications le numéro 349 de l’ “A Scrienn” sur la Fanfare St Cécile
2 Ce qu’on appelait alors, chez nous, une palanche, est en réalité un joug porte-seaux, pièce de bois
qui repose sur les deux épaules en contournant la nuque. A chaque extrémité pend une chaîne munie
d’un crochet.
3 Pour information, en 1947, la moitié des communes de Belgique n’avaient pas l’eau courante.